STEVE SUARD
Entrepreneur · Mentor · Tahiti
Biographie — Steve SUARD.
Je ne suis pas un consultant sorti d’une grande école.
Je suis quelqu’un qui a tout construit par l’expérience, la curiosité, et la conviction que la vie se mérite.
Je suis né en 1968 à Papeete, dans une famille d’origine chinoise Hakka installée en Polynésie depuis plusieurs générations. Mes ancêtres sont arrivés comme travailleurs agricoles durant la colonisation française — et ont fini par bâtir leur place, génération après génération, dans le commerce local.
Grandir à Tahiti avec cette histoire familiale m’a appris une chose très tôt : on ne reçoit rien. On construit.
Enfant asthmatique, j’étais celui qu’on écartait des équipes de football et de basket. Pas par méchanceté — juste parce que j’étais maigre, essoufflé, perçu comme faible. La Ventoline n’existait pas encore. Alors à 15 ans, mon père m’a inscrit dans une salle de musculation. Ce jour-là a changé ma vie.
Pas pour devenir bodybuilder. Pour apprendre que le corps se construit, que la confiance se gagne, et que personne ne peut te donner ce que tu refuses de te donner toi-même.
Je pratique la musculation depuis ce jour. Bientôt soixante ans — et les gens me demandent encore mon âge avec incrédulité.
Mon asthme ne m’a pas seulement écarté des terrains de sport. Il m’a coûté des années d’école.
De la maternelle au collège, mes absences répétées m’ont fait redoubler plusieurs classes. À un moment, l’institution a rendu son verdict : je ne pouvais plus redoubler. On m’a orienté vers un CAP — mécanicien ou menuisier. La poussière de bois pouvait déclencher l’asthme. La mécanique ne m’attirait pas. J’ai refusé.
J’ai eu une dernière chance. Un autre collège a accepté de me prendre, à une condition : que je fasse de mon mieux. J’ai promis.
Ce collège a changé tout. J’étais bien accueilli. Mes notes ont progressé. Je suis passé parmi les trois premiers de ma classe — et j’y suis resté jusqu’à la fin. J’ai décroché mon BEPC à presque 18 ans.
Mais les cours académiques n’étaient pas faits pour moi. Je le savais. Alors plutôt que de m’acharner vers un bac que je ne voulais pas, j’ai pris une décision que beaucoup auraient jugée risquée : partir à Paris suivre des études de bijouterie-joaillerie à l’École du Louvre.
Ce n’était pas abandonner. C’était choisir.
J’ai grandi entre Tahiti et Honolulu, où j’avais de la famille sur l’île d’Oahu. Ces allers-retours entre la Polynésie et Hawaii ont forgé très tôt en moi une ouverture au monde que peu d’enfants de mon époque avaient la chance d’avoir.
À Paris, je fais mes études de bijouterie-joaillerie à l’École du Louvre — aujourd’hui appelée l’École de Haute Joaillerie — et effectue mon service militaire dans l’armée de l’air. Sept ans en métropole. Je parcours l’Europe. Je retourne à Los Angeles suivre une formation au Gemological Institute of America à Santa Monica.
Cette vie entre plusieurs cultures, plusieurs langues, plusieurs façons de penser — c’est mon vrai diplôme. Je suis devenu ce que j’appelle un cosmopolite identitaire : ancré dans mes racines polynésiennes et chinoises, ouvert au monde entier.
Dans les années 80, au collège à Tahiti, j’ai mes premiers cours d’informatique sur Apple II. Je suis ébloui. Je me dis qu’on peut tout faire avec une machine.
Je commande un Amstrad PC 1512 — l’un des premiers PC grand public abordables — avec six mois d’attente et un acompte versé d’avance. À Paris, je bidouille, je monte et démonte des PC, je m’inscris au SICOB, le plus grand salon informatique de l’époque. C’est là que je rencontre Steve Jobs sur le stand NEXT Computer, sorti d’Apple. On échange. Ce moment reste gravé.
Dans les années 2000, de retour en Polynésie, je cofonde Tahiti Planet — le premier portail internet polynésien, dans le style Yahoo ou Altavista. C’est un succès pendant une décennie. Puis Google arrive avec sa page blanche et son algorithme. Comme des centaines de portails dans le monde, nous fermons.
Mais je ne m’arrête pas. Je crée Tahiti Marketing, une activité de création de sites internet pour les entreprises locales — à l’époque du tout début de l’ADSL.
Un jour, je dois faire une démonstration de site internet à un client. Pas de salle de réunion, pas d’espace dédié. Je l’invite dans un salon de thé, je commande un café, et je lui montre son site sur mon ordinateur portable posé sur la table.
Ce n’est pas une bonne expérience. Ni pour lui, ni pour moi.
Ce soir-là, je cherche. Et je découvre qu’il existe dans le monde un concept qui répond exactement à ce problème : le coworking.
Pendant plus de 25 ans, j’ai travaillé dans la bijouterie — d’abord comme salarié, puis à mon compte, puis à la tête de l’entreprise familiale. Nous étions leaders sur le marché polynésien, reconnus et respectés.
Mais j’observais. Le cours de l’or montait. La nouvelle génération préférait dépenser dans des smartphones plutôt que dans des bijoux. Les anciens clients voyageaient davantage et achetaient à l’étranger. Le secteur déclinait lentement mais sûrement.
J’en ai discuté avec mes parents. La décision a été difficile — mais lucide. J’ai choisi de ne pas reprendre le flambeau. On a fermé définitivement alors la crise n’était pas encore arrivée. Sans regret.
En 2017, je crée Tahiti Coworking — le premier grand espace de coworking de Polynésie française, situé au cœur de Papeete. Sans expérience dans ce secteur. Avec une conviction : que l’idée était juste, que le besoin était réel, et que j’avais tout ce qu’il fallait pour le faire.
Aujourd’hui, l’espace est complet. Et je suis toujours debout.
Ce parcours m’a appris que la réussite ne ressemble pas à ce qu’on vous dit à l’école.
Elle ressemble à des décisions difficiles prises au bon moment. À une discipline quotidienne qui ne se voit pas mais qui fait tout. À un corps entretenu qui vous permet de tenir quand les autres lâchent. Et à un mindset qui transforme chaque obstacle en information utile.
C’est ce que je transmets aujourd’hui.
Pas de diplôme. Juste des résultats.
"La plus grande richesse qu'un être humain puisse posséder, ce sont les expériences de la vie."
Steve SUARD