STEVE SUARD

Un leader, une vision, des résultats.

Unique en Polynésie un Simulateur de vol Pro à l’échelle 1

Simulateur de vol d’entraînement – Une passion ancrée dans le temps

En Polynésie française, il n’existait qu’un seul simulateur de vol d’entraînement digne de ce nom, et j’ai eu la chance, au fil des années, d’y tracer mon propre chemin. Cette passion remonte à loin.

Je me souviens encore des années 1980, lorsque j’étais collégien à Lamennais, à Papeete. Dans la salle d’informatique trônait un Apple II, une machine qui, à l’époque, représentait le futur. Un jour, j’ai découvert sur cet ordinateur un logiciel qui allait marquer mon esprit : Flight Simulator II de Microsoft. Les graphismes étaient rudimentaires, presque minimalistes : des lignes vertes sur fond noir, des horizons sans textures. Et pourtant, pour moi, c’était magique. Ce petit monde virtuel, fait de quelques polygones, ouvrait une fenêtre vers le ciel. J’étais captivé.

Les années ont passé. Dans les années 1990, installé à Paris, j’ai franchi une étape supplémentaire. J’ai acheté un nouveau logiciel, Flight Assignment: A.T.P. de Sublogic. Celui-ci tournait sous MS-DOS, et même si son rendu visuel restait élémentaire, il possédait un réalisme inégalé pour l’époque dans la gestion des instruments de bord. Je me souviens des longues heures passées à apprendre à lire les cadrans, à comprendre le rôle de chaque aiguille, chaque bouton. À défaut de pouvoir voler réellement, j’apprenais déjà la discipline et la rigueur qu’exige l’aviation.

Puis la vie a suivi son cours. Pendant plusieurs décennies, je me suis éloigné de cette passion. Jusqu’à ce qu’en 2020, presque par hasard, je redécouvre le monde des simulateurs de vol. Entre-temps, la technologie avait fait un bond prodigieux : Microsoft Flight Simulator PRO offrait désormais des paysages photoréalistes, une météo dynamique en temps réel, un comportement des avions d’une précision bluffante… Ce n’était plus un jeu, c’était une fenêtre ouverte sur le ciel, une porte d’entrée vers le rêve.

Très vite, je me suis pris au jeu — ou plutôt, à l’entraînement. Après des mois à maîtriser le logiciel, j’ai découvert sur Internet la possibilité de connecter le simulateur à de véritables commandes physiques : manches, manettes de gaz, palonniers, instruments réels. Cette révélation a été le déclencheur. J’ai décidé de me lancer dans un projet audacieux : construire mon propre cockpit, à l’échelle 1:1, réplique fidèle d’un Cessna 172, l’appareil le plus couramment utilisé dans les écoles de pilotage pour obtenir son brevet.


L’aventure de la construction

Je me suis documenté des nuits entières sur des forums de passionnés, étudiant chaque plan, chaque astuce, chaque composant. La première étape consistait à s’équiper du PC le plus puissant disponible sur le marché : processeur haut de gamme, carte graphique dernier cri, mémoire abondante… rien ne devait freiner l’expérience. Puis j’ai investi dans une myriade de plugins et d’extensions : gestion des commandes physiques, météo en temps réel, cartes satellites, et même le GPS tactile Garmin identique à celui des véritables cockpits à glass cockpit. Les cartes aéronautiques officielles, fournies par Jeppesen, ajoutaient une précision professionnelle, et les textures signées ORBX transformaient chaque paysage en tableau vivant.

Mais la véritable aventure commençait avec l’assemblage du cockpit lui-même. J’ai dû concevoir la structure en menuiserie : un cadre solide capable d’accueillir les instruments, les moniteurs et les commandes. Deux grands écrans latéraux recréaient la vue de chaque côté, tandis qu’un immense téléviseur simulait le pare-brise. Chaque détail comptait : le palonnier pour les pieds, les manettes des gaz et du mélange carburant, les leviers de volets, l’éclairage du tableau de bord… J’ai même commandé des pièces authentiques provenant de véritables Cessna 172 pour parfaire l’illusion.

Pendant des mois, j’ai passé des soirées entières à mesurer, découper, assembler, câbler. Des heures de travail patient et méticuleux, jusqu’à voir émerger, dans une pièce de cinq mètres carrés, un cockpit grandeur nature. Un investissement lourd, mais qui offrait une récompense inégalée : l’immersion totale.


Une expérience plus vraie que nature

Lorsque tout fut prêt, l’expérience fut bouleversante. Assis dans mon cockpit, je pouvais décoller de Tahiti et atterrir à Moorea en quelques minutes, admirer la météo en temps réel, voir les nuages se former, la pluie tomber, le soleil se coucher à l’horizon. Les personnels au sol s’activaient, les véhicules circulaient sur le tarmac, et les contrôleurs aériens de la plateforme VATSIM donnaient leurs instructions comme dans la vraie vie. Avec le micro-casque, je devais respecter les procédures, suivre les consignes : plus question de faire n’importe quoi.

Ce simulateur me permettait aussi de m’entraîner à des pannes simulées, à des atterrissages d’urgence, ou simplement de partir en balade virtuelle autour du monde. Ce n’était plus du jeu, mais bel et bien un entraînement comparable à celui des écoles professionnelles de pilotage.


Le départ du simulateur

Après deux années d’utilisation intense, la réalité m’a rattrapé. Le cockpit occupait un espace conséquent – environ cinq mètres carrés – et j’avais besoin de récupérer cette pièce. À contrecœur, j’ai décidé de le mettre en vente. Je doutais que quelqu’un soit intéressé : ce genre de passion est coûteux et s’adresse à un public de passionnés avertis.

Pourtant, à ma grande surprise, un acheteur s’est manifesté. Un père de famille, habitant l’île de Raiatea, m’a envoyé quelqu’un pour voir le simulateur. Il l’achetait pour sa fille, une jeune femme déterminée à faire carrière comme pilote de ligne. Ce cockpit allait devenir son outil d’entraînement, un tremplin vers son rêve.

En le voyant partir, je n’ai ressenti aucune amertume. Au contraire, j’étais heureux : ma passion trouvait une nouvelle vie entre les mains de quelqu’un qui, peut-être un jour, piloterait réellement dans le ciel polynésien.

Ainsi, l’aviation ne m’a jamais quitté. Même au sol, même virtuellement, le ciel m’a toujours accompagné.