Pendant toute ma jeunesse et jusque tard dans ma vie d’adulte, boire de l’alcool faisait partie de mon quotidien social, presque au même titre qu’un soda. Une bière, un cocktail, un verre de vin ou un spiritueux : tout cela me semblait parfaitement normal. Je n’ai jamais été alcoolique, mais comme beaucoup de monde, je buvais le week-end, lors des sorties entre amis ou simplement à table. L’alcool était pour moi un moyen de rendre les moments plus légers, de sublimer une soirée, de célébrer, de me fondre dans un groupe. En somme, je ne me privais pas d’en boire une à deux fois par semaine — parfois avec modération… parfois moins.
Pourtant, contrairement à ce que l’on dit souvent, je ne buvais pas pour vaincre une timidité ou pour m’ouvrir davantage aux autres : je suis naturellement sociable. Je ne rougissais pas, je ne m’endormais pas, je ne devenais pas colérique, triste ou vantard comme les profils décrits en sciences sociales. Non, moi, l’alcool me laissait étrangement lucide. Je restais conscient de mes actes, mais simplement enveloppé d’un sentiment de bien-être. Peut-être étais-je, au fond, la version intérieure du « joyeux ». Ce ressenti rendait d’ailleurs ma consommation plus complexe : ne perdant jamais réellement le contrôle, je trouvais l’alcool confortable, presque facile.
Puis un jour, quelque chose a basculé.
Lors d’une soirée, entouré d’amis, j’ai remarqué que certains ne buvaient absolument pas d’alcool. Cela m’a surpris. Je les observais rire, discuter, danser comme tout le monde, mais avec en main des cocktails sans alcool — ces mocktails qui reprennent l’allure et le goût d’un vrai cocktail, sans en avoir les effets. Je les admirais, moi qui en étais déjà à plusieurs bières et quelques verres de vin. Intrigué, je leur ai posé des questions. Ils m’ont expliqué leur choix, évoquant l’alcool comme un véritable poison pour le corps.
Cette discussion m’a fait réfléchir. J’ai commencé à lire des articles médicaux, des études sur la neuroscience, des analyses sur les effets délétères de l’alcool sur le cerveau, les organes, la santé globale. Malgré cela, je n’étais pas encore entièrement convaincu. Ce n’est que quelques jours plus tard que le déclic final s’est produit.
Après une soirée un peu trop chargée en whisky, je me suis réveillé dans un état misérable. Physiquement mal, mais surtout mentalement épuisé. C’est ce matin-là que ma conscience m’a confronté à une évidence : je ne trouvais plus rien de « cool » dans le fait de m’intoxiquer, de masquer temporairement certains problèmes, de prendre du poids ou de mettre ma santé en danger. L’alcool avait cessé d’être un plaisir. Il était devenu un obstacle.
Ce jour-là, j’ai pris une décision radicale : arrêter complètement.
Au moment où j’écris ces lignes, cela fait maintenant trois mois que je n’ai plus touché une seule goutte d’alcool. Et à ma grande surprise, j’en suis même écœuré. Bien sûr, il a fallu trouver des alternatives, car arrêter du jour au lendemain sans remplacer le rituel aurait été beaucoup plus difficile. Alors j’ai substitué la pinte de bière ou le verre de vin par de l’eau pétillante avec un demi-citron, ou par des cocktails sans alcool. Et sincèrement ? C’est devenu meilleur que ce que j’imaginais. Je me rends compte aujourd’hui que ce que je croyais être un plaisir n’était qu’une habitude.
Alors, pensez-vous que j’ai complètement arrêté ?
En réalité, après cette expérience unique, j’ai repris l’alcool avec modération. Deux éléments entraient en conflit sur le plan psychologique, malgré tout ce que j’ai expliqué plus haut.
Le premier est le fait de s’interdire totalement de consommer quelque chose, même si ce n’est pas forcément bon pour la santé. Cette interdiction transforme la modération en frustration, et cette frustration peut devenir une forme d’oppression sociale, culturelle et personnelle.
Ainsi, après cette expérience, j’ai recommencé à boire du vin et de la bière, mais pas d’alcools forts comme le whisky ou la vodka. Lorsque je le peux, je me retiens et je privilégie l’eau pétillante, notamment au restaurant ou au bar.
