Le temps servi en 1990 dans l’armée de l’air m’a beaucoup marqué.
C’est ce qui m’a permis d’être polyvalent dans la vie.

Mon expérience à la base aérienne 114 d’Aix-les-Milles : immersion dans l’aviation militaire
Lorsque j’ai franchi pour la première fois les portes de la base aérienne 114 d’Aix-les-Milles, je ne savais pas à quel point cette aventure allait marquer ma vie. Ce n’était pas seulement une formation militaire : c’était une immersion totale dans l’univers de l’aviation, une expérience unique que peu de personnes peuvent vivre.
Les classes : rigueur et dépassement de soi
Tout a commencé par les classes, une étape incontournable pour tout aviateur. Nous avons reçu une éducation militaire complète :
- connaissances sur le nucléaire et la hiérarchie des grades,
- apprentissage des consignes et des règles de sécurité,
- formation à l’utilisation des armes comme le FAMAS.
Le moment le plus marquant ? La marche de nuit de 30 km en montagne, sac à dos de 15 kg et mitraillette MAT-45 sur l’épaule. Une épreuve physique et mentale intense, digne des reportages sur la Légion étrangère. Certains ont abandonné, d’autres ont tenu bon. Je me souviens encore de ce camarade victime d’un malaise grave dû à une hydrocution après un choc thermique… une épreuve qui nous a tous rappelé la dure réalité de ce métier.
L’affectation : au cœur des opérations aériennes
Une fois les classes terminées, j’ai été affecté sur la même base, dans le secteur des transports de liaison aérienne. Grâce à l’aspirant L. Lecompte – un élève pilote devenu plus tard commandant puis pilote chez Air France – j’ai pu découvrir de l’intérieur la vie sur la piste et dans les hangars.
Les bureaux opérationnels et techniques
Mon quotidien se partageait entre plusieurs services :
- Bureau des opérations : délivrance des ordres de mission, définition des trajets et plans de vol.
- Bureau technique : gestion des stocks de pièces aéronautiques.
- Bureau des pistes : suivi des départs et arrivées des avions, gestion des balises et du ravitaillement en kérosène.
J’ai aussi appris à vider les sanitaires, remplir les réserves d’eau à bord, et participer à l’entretien intérieur et extérieur des avions, y compris la protection des instruments sensibles comme les pitots. Entrer dans chaque avion pour y travailler, comprendre leur fonctionnement de A à Z… c’était fascinant.
L’astreinte : une vie entre hangar et tour de contrôle
Très vite, j’ai choisi de me porter volontaire pour l’astreinte H24. Ce rôle demandait une disponibilité totale : alerte immédiate en cas d’urgence (atterrissage forcé, évacuation sanitaire nocturne, etc.) et coordination avec les pompiers, la gendarmerie ou les urgences.
Ma « chambre » dans le hangar faisait 12 m² : lit, placard, téléphone rouge et, luxe suprême, une télévision. Durant sept jours consécutifs, je vivais en autarcie, sortant uniquement pour manger au mess ou aller aux toilettes. Les nuits passées seul dans un hangar géant, entouré d’avions silencieux, étaient presque irréelles. J’avais l’impression d’être un enfant dans un rêve éveillé : pouvoir toucher, explorer et m’imprégner de ces machines magnifiques.
Une expérience impossible à acheter
Avec le recul, je me rends compte que cette immersion était privilégiée et inestimable. Aujourd’hui, même en payant, il serait impossible d’obtenir un accès aussi complet : vivre sur la piste, approcher les pilotes, comprendre les missions aériennes et manipuler les avions de l’intérieur comme de l’extérieur.
Mon objectif à l’époque était clair : tout connaître sur l’aviation. Et cette expérience a planté en moi une graine qui m’accompagne encore aujourd’hui : la fascination pour le monde aéronautique et le respect profond pour celles et ceux qui y consacrent leur vie.
Conclusion
Si je partage ce récit, c’est parce que je sais que beaucoup rêvent d’approcher l’aviation militaire mais ne savent pas à quoi s’attendre. Pour moi, ça a été une école de rigueur, de passion et de dépassement de soi. Une aventure qui m’a forgé et qui continue d’inspirer mes choix professionnels et personnels.
