STEVE SUARD

Un leader, une vision, des résultats.

Armée de l’air (2 ème partie)

Suite de la partie 1

Entrer dans le “saint graal” : mes premiers pas à bord du Nord 262

Il y a des moments dans la vie où tout bascule. Pour moi, ce moment est arrivé lorsque, après avoir terminé mes premières missions sur la base, on me proposa quelque chose d’inattendu : remplacer un steward qui quittait l’escadron. Cette opportunité me permettait de travailler à bord des vols interrégionaux de l’escadron de transport ELA 44, sur un appareil mythique de l’époque : le Nord 262, un bi-turbopropulseur de 27 places.

C’était, à mes yeux, entrer dans le saint graal de l’aviation militaire. Une chance incroyable, surtout pour quelqu’un de ma taille, ce qui facilitait mes déplacements dans la cabine exiguë. Mon rôle ? Assurer la propreté et la sécurité à bord, mais aussi veiller au confort des passagers. Ces passagers n’étaient pas des voyageurs ordinaires : officiers supérieurs, militaires en mission, personnalités officielles et parfois même des célébrités.

À chaque vol, c’était Noël avant l’heure. Je me souviens encore de la sensation que j’éprouvais en montant à bord : le bruit caractéristique des turbopropulseurs, l’odeur du kérosène mêlée à celle de la cabine, et cette impression d’être privilégié de faire partie de l’équipage.


Une formation rigoureuse et mes premiers vols

Avant de pouvoir embarquer, j’ai suivi une formation stricte : procédures de sécurité, consignes en cas d’urgence, gestion des passagers et règles propres à l’escadron. Une fois prêt, j’ai commencé à enchaîner les missions sur différentes lignes intérieures : Aix – Villacoublay, Aix – Cazaux, Aix – Salon de Provence, Aix – Mont de Marsan, Aix – Istre, Aix – Orange et d’autres destinations stratégiques à travers la France.

Un des plus grands bonheurs que je garde en mémoire : rentrer chez moi à Paris durant mes permissions… en avion militaire ! Alors que la plupart prenaient le TGV, moi je montais à bord d’un Nord 262 et atterrissais à Villacoublay. C’était un privilège rare et une expérience hors du commun.


Plongée dans l’univers des pilotes

Être constamment entouré de pilotes fut un atout énorme pour nourrir ma passion. À force de les côtoyer, j’ai commencé à apprendre leur jargon, leurs procédures, et surtout à m’intéresser aux instruments de bord. Voir un cockpit de près, observer le ballet de leurs gestes synchronisés, c’était fascinant.

Très vite, une évidence s’imposa à moi : je voulais devenir pilote. Mais il faut préciser une chose importante : je n’étais pas pilote officiel de l’armée de l’air. Les véritables pilotes militaires suivent un parcours beaucoup plus long et exigeant, qui implique un engagement complet et une formation au sein de l’École de l’air de Salon-de-Provence, sur la base aérienne 701.

Mon parcours, lui, fut différent : je travaillais sur la logistique et les missions de transport, mais cette proximité quotidienne avec les avions me donna envie d’aller plus loin. C’est pourquoi j’ai décidé de passer une licence de pilote privé (PP) ainsi que la qualification PP-IFR (vol aux instruments). Pour cela, j’ai suivi des cours chez Mermoz, une référence dans la formation aéronautique.


Le jour où j’ai pris les commandes

Après des heures d’études théoriques, d’entraînements pratiques et de révisions minutieuses sur les instruments, j’ai eu, de manière officieuse, l’opportunité de prendre les commandes du Nord 262. Ce moment reste gravé dans ma mémoire :

  • Le vrombissement des moteurs sous mes pieds,
  • La vue imprenable depuis le cockpit,
  • Le silence concentré qui régnait, interrompu uniquement par les communications radio.

Ces instants furent, sans exagération, les plus beaux jours de ma vie. Encore aujourd’hui, je considère que le cockpit d’un avion est le plus beau bureau au monde.


La naissance d’une passion

C’est ainsi qu’est née ma passion profonde pour l’aviation. Une passion qui m’a poussé à aller toujours plus loin : comprendre chaque instrument, chaque procédure, chaque sensation que procure le vol. Cette quête ne s’est pas arrêtée là :